Electronic Arts appartient désormais à un consortium mené par le fonds souverain d’Arabie saoudite. L’opération à 55 milliards de dollars, la plus importante acquisition par effet de levier de l’histoire, a été finalisée le 4 août 2026. L’éditeur d’EA Sports FC, Battlefield et Les Sims quitte le Nasdaq après 36 ans de cotation.

Il n’y a cette fois plus d’obstacle. Après l’accord des actionnaires, puis celui des autorités de régulation, le rachat d’Electronic Arts (EA) par un consortium mené par le Public Investment Fund (PIF) d’Arabie saoudite est officiellement bouclé.

Dans un communiqué publié le 4 août 2026, Electronic Arts confirme que l’opération annoncée en septembre 2025 a été finalisée. L’éditeur américain devient une entreprise privée et son action a cessé d’être échangée au Nasdaq. Ses anciens actionnaires recevront 210 dollars en numéraire pour chaque titre détenu au moment de la clôture.

Le changement paraît presque administratif. Il fait pourtant basculer l’un des plus importants éditeurs de jeux vidéo au monde sous le contrôle quasi total de l’Arabie saoudite.

Le communiqué publié par Electronic Arts le 4 août 2026.  // Source : Business Wire
Le communiqué publié par Electronic Arts le 4 août 2026. // Source : Business Wire

Le PIF saoudien contrôle 93,4 % d’Electronic Arts

Electronic Arts n’est pas uniquement racheté par le PIF. Sur le papier, l’acquéreur est un consortium composé de trois investisseurs : le fonds souverain saoudien, le fonds américain Silver Lake et Affinity Partners, la société d’investissement de Jared Kushner, gendre de Donald Trump.

Mais la répartition du capital ne laisse que peu de doute sur l’identité du véritable propriétaire d’EA. Le PIF doit détenir 93,4 % de la nouvelle société, contre 5,5 % pour Silver Lake et 1,1 % pour Affinity Partners. L’Arabie saoudite possède donc, dans les faits, presque tout Electronic Arts.

Le rachat valorise l’entreprise à 55 milliards de dollars. Il est financé par 36 milliards de dollars apportés par les investisseurs et par 20 milliards de dollars empruntés auprès de JPMorgan. Ce montage en fait le plus gros rachat par effet de levier — ou LBO — jamais réalisé.

Dans un LBO, une partie importante de l’acquisition est payée à crédit et la société rachetée doit ensuite contribuer au remboursement de cette dette grâce à ses revenus. Pour EA, l’addition est particulièrement lourde : l’entreprise passe d’environ 2 milliards à 20 milliards de dollars de dette.

Jared Kushner en 2019.  // Source : Wikimedia Commons
Jared Kushner en 2019. // Source : Wikimedia Commons

De l’annonce à la validation, presque un an de suspense

Le rachat avait été annoncé le 29 septembre 2025. Le conseil d’administration d’EA avait accepté une offre à 210 dollars par action, soit une prime d’environ 25 % par rapport au dernier cours non affecté par les rumeurs de vente.

Les actionnaires avaient ensuite approuvé l’opération le 22 décembre. Restait le feu vert des autorités, notamment américaines. Plusieurs sénateurs démocrates, dont Elizabeth Warren et Richard Blumenthal, avaient demandé un examen approfondi des risques d’influence étrangère. Ils s’interrogeaient aussi sur la présence de Jared Kushner dans le consortium et sur ses liens avec la Maison-Blanche comme avec l’Arabie saoudite.

Ces inquiétudes n’ont finalement pas fait dérailler le dossier. Le dernier verrou important est tombé en Europe. La Commission européenne a d’abord validé l’acquisition au titre du contrôle des concentrations, estimant que le rapprochement ne menaçait pas la concurrence dans l’Union. Elle a ensuite donné son feu vert dans le cadre du règlement sur les subventions étrangères, comme l’a rapporté Reuters.

Ce second examen, considéré comme le plus sensible, devait vérifier que les financements venus d’un pays extérieur à l’Union européenne n’accordaient pas au consortium un avantage susceptible de fausser le marché européen.

Cette double validation de la Commission européenne a levé le dernier obstacle réglementaire majeur. Le 30 juillet, EA indiquait avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires. Cinq jours plus tard, l’opération était conclue.

Qu’est-ce que cela change pour les joueurs et les joueuses ?

Dans l’immédiat, probablement rien de visible. Andrew Wilson reste PDG, le siège d’Electronic Arts demeure à Redwood City, en Californie, et aucun bouleversement du catalogue n’a été annoncé. EA Sports FC, Battlefield, Apex Legends, Les Sims ou Madden NFL ne vont pas disparaître du jour au lendemain.

Battlefield 6 // Source : Capture PS5
Battlefield 6 // Source : Capture PS5

Dans le communiqué officialisant le rachat, Andrew Wilson assure qu’EA ouvre ce nouveau chapitre « en position de force » et promet d’« investir avec audace et accélérer l’innovation ». Egon Durban, patron de Silver Lake, cite déjà l’intelligence artificielle parmi les outils capables d’« améliorer le développement des jeux et l’expérience des joueurs ».

Il existe cependant une tension évidente entre ces promesses et le montage financier de l’acquisition. Ne plus être coté en Bourse peut permettre à EA d’échapper à la pression des résultats trimestriels et de prendre davantage de risques. Mais le remboursement de 20 milliards de dollars peut produire l’effet inverse : concentrer les moyens sur les licences les plus rentables, multiplier les revenus récurrents et réduire les dépenses jugées secondaires.

Pour les joueurs, le risque ne se limite donc pas à une hausse des microtransactions. Il concerne aussi la diversité des jeux produits. Les franchises sportives, Battlefield et Les Sims disposent d’une audience immense et prévisible. Les projets plus petits, les nouvelles licences ou les expériences difficiles à monétiser pourraient avoir davantage de mal à survivre aux arbitrages.

La question se pose d’autant plus qu’EA n’a pas attendu son rachat pour réduire ses effectifs, annuler des jeux et fermer des studios. Le passage sous pavillon privé ne garantit ni davantage de liberté créative, ni de nouvelles économies. Tout dépendra de la manière dont les nouveaux propriétaires choisiront de faire rembourser la dette.

EA Sports prédit le vainqueur de la Coupe du monde 2026 // Source : EA Sports
EA Sports FC 2026 // Source : EA Sports

L’Arabie saoudite poursuit son offensive dans le jeu vidéo

Pour le PIF, Electronic Arts est une pièce majeure d’une stratégie engagée depuis plusieurs années. Turqi Alnowaiser, responsable des investissements internationaux du fonds, présente le consortium comme un « partenaire de long terme » pour la direction d’EA.

Le fonds souverain est au cœur de « Vision 2030 », le plan du prince héritier Mohammed ben Salmane pour réduire la dépendance de l’économie saoudienne au pétrole et développer de nouveaux secteurs, dont le tourisme, le sport et le divertissement.

Dans le jeu vidéo, l’Arabie saoudite a déjà investi dans Nintendo, Capcom et Take-Two. Par l’intermédiaire de Savvy Games Group, elle contrôle aussi Scopely, l’éditeur de Monopoly Go!, ainsi que les organisateurs de compétitions d’esport ESL et FaceIt. EA lui apporte désormais un catalogue mondial de licences, une place centrale dans le jeu de sport et des centaines de millions de joueurs.

Cette offensive reste vivement critiquée. Des ONG, des syndicats et une partie de l’industrie accusent le Royaume de « games-washing » : utiliser le jeu vidéo et l’esport pour moderniser son image malgré son bilan en matière de droits humains. Les inquiétudes sont particulièrement fortes autour des Sims, une licence historiquement associée à l’inclusivité et à la représentation des personnes LGBTQ+, alors que l’homosexualité est criminalisée en Arabie saoudite.

EA assure que ses valeurs et son contrôle créatif ne changeront pas. Il faudra désormais juger cette promesse sur pièces. Le rachat n’est plus une hypothèse réglementaire ou financière : depuis le 4 août, l’Arabie saoudite est bel et bien devenue propriétaire de l’entreprise derrière Les Sims, Battlefield et EA Sports FC.

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